Rede do Fórum mundial das Autoritades Locais de Periféricas

PARA METRÓPOLES SOLIDÁRIAS
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Atelier 5 : La santé, un droit à conquérir depuis la périphérie

C’est au cœur des métropoles modernes que se concentrent l’offre de soins, l’innovation et la recherche médicale. Pourtant, les populations des villes-centres ou des périphéries n’ont pas un accès égal à la santé. Inégale répartition sociale du personnel médical et des établissements hospitaliers, affaiblissement des réseaux publics de soins… Le droit à l’accès aux soins et à la prévention, pour les populations résidant en périphérie des grandes villes représente un enjeu majeur pour penser et développer une politique de santé publique.

Participent à l’atelier :

Laurent EL GHOZI, adjoint au maire de Nanterre ;

Sandra Beatriz SILVEIRA, maire de Esteio – métropole de Porto Alegre Brésil ;

William PAEZ, maire de Guarenas, métropole de Caracas Venezuela ;

Stéphane RICAN, Université Paris X Nanterre.

Modérateur : Giovanni ALLEGRETTI, réseau du nouveau municipalisme – Italie

Giovanni ALLEGRETTI

Cette séance aura pour thème « La santé, un droit à conquérir depuis la périphérie ».

Je fais partie de l’Université de Florence, ainsi que du Réseau du nouveau municipalisme, qui regroupe des administrations locales, provinciales, régionales et progressistes, ainsi que des universités, des ONG et autres mouvements pour l’instauration de laboratoires de participation aux politiques publiques, selon une orientation plus démocratique et durable, en matière sociale et environnementale.

Stéphane RICAN

Je vais tâcher de poser le cadre général de la question des inégalités de santé, qu’elles soient spatiales ou sociales, en zone urbaine et périphérique, sur la base d’un travail mené au sein du laboratoire Espace Santé Territoire de l’Université Paris X Nanterre. Ce travail fournit un Atlas de la santé en France. Un premier volume consacré aux disparités de mortalité en 2000 est déjà paru. Un deuxième volume devrait sortir en avril prochain et portera sur les disparités d’état de santé de la population. Ces disparités sont également analysées au regard de l’offre de soins et des recours aux soins.

L’état de santé de la population française est globalement bon puisque la France enregistre la meilleure espérance de vie au monde. Cet indicateur a permis à l’OMS de classer la France au premier rang des nations pour la qualité de son système de santé.

Les disparités en matière d’espérance de vie et de mortalité

L’étude de l’espérance de vie de la population entre petites communes, moyennes communes et grandes villes ne fait pas apparaître de disparité, pour les hommes comme pour les femmes. Toutefois, ces moyennes générales doivent être considérées avec précaution. En effet, on observe d’énormes disparités régionales. Ainsi, quelle que soit la taille de la ville, l’espérance de vie est plus faible dans le Nord de la France et, inversement, plus longue dans le Sud de la France. En d’autres termes, des petites villes affichent une faible espérance de vie tandis que d’autres en affichent une longue ; des grandes villes affichent une faible espérance de vie tandis que d’autres en affichent une plus longue.

L’étude des ratios standardisés de mortalité à l’échelle cantonale permet de situer la mortalité moyenne de chaque canton par rapport à la mortalité moyenne française, indépendamment de la structure par âge de la population. Cette étude souligne l’importance des continuités spatiales dans les zones de sous-mortalité et de surmortalité. On relève également une opposition quasi-systématique, avec une plus faible mortalité au centre des départements et une plus forte mortalité en périphérie. Les oppositions régionales renvoient à la persistance de différences dans les manières de boire, de se soigner, etc, qui restent largement à analyser.

L’organisation du système de soins devant ces inégalités

La densité médicale est un indicateur permettant de mesurer le nombre de médecins pour 100 000 habitants. La répartition des médecins en région parisienne présente la même opposition que précédemment entre le Nord-est et le Sud-Ouest de l’agglomération ainsi qu’entre le centre parisien et la périphérie. En l’occurrence, les médecins sont plus nombreux dans le centre de Paris et au Sud-Ouest de l’agglomération.

Par conséquent, le système de soins tend à renforcer les inégalités, lesquelles renvoient à des processus de ségrégations sociales et spatiales. Les inégalités sociales se traduisent dans l’espace par des ségrégations entre villes ou quartiers. Réciproquement, les ségrégations spatiales vont aggraver les inégalités sociales existantes. En d’autres termes, inégalités sociales et spatiales se conjuguent pour renforcer les processus inégalitaires.

Conclusion

Les perspectives de recherche pourraient s’appuyer sur l’analyse des combinaisons de facteurs qui font qu’il n’existe pas une mais plusieurs périphéries urbaines. La mise en place d’observatoires locaux de la santé permettrait d’analyser les disparités intra-urbaines, au sein d’une agglomération et même au sein de quartiers.

Giovanni ALLEGRETTI

Merci Stéphane, je crois que tu as lancé des thèmes très importants :

·      Le rapport avec la mémoire historique.

·      Les politiques de santé qui perpétuent les inégalités.

·      Le concept intégral de santé, concernant la prévention, les soins médicaux et la possibilité de réinsertion dans la société, ce qui implique aussi l’introduction d’autres politiques, afin de remplacer le moins des différences par un plus.

 

Sandra SILVEIRA

La ville d’Esteio, dans la région métropolitaine de Porto Alegre, a une surface de 32 km² ; elle compte 86 000 habitants, dispose de dix unités basiques de santé, les dispensaires ; un hôpital général ; un hôpital public, financé avec des recours de la mairie, disposant de 138 lits, accueillant pour de 30% de sa demande et des autres municipalités environnantes. On a pu remarquer, pendant ces deux jours, que la réalité des villes périphériques de l’Europe, leurs besoins ou demandes ne sont pas les mêmes que les nôtres. L’Amérique Latine a des demandes beaucoup plus consistantes et de bien plus grandes difficultés à surmonter. Les villes européennes essaient, en fait, de maintenir la sensibilité de leurs citoyens aux politiques publiques de logement, d’éducation, de  santé, alors que nous, plus spécifiquement le Brésil et beaucoup d’autres régions, cherchons encore à conquérir tout cela. C’est un combat assez difficile, dans un pays encore très précaire dans certaines régions.

Dans le domaine de la santé, nous avons une organisation assez différenciée, comparable à celle de la France. Il existe le Système Unique de Santé, qui répartit ses attributions dans le domaine de la santé entre la fédération, les Etats et les municipalités. Le Système Unique de Santé, à partir de la Constitution brésilienne de 1988, a pris en charge l’orientation de toutes les actions de santé, et a pour but, réglementé par une loi spécifique, de réduire les inégalités dans l’assistance médicale à la population, rendant obligatoire l’accueil public et gratuit de tout citoyen. En pratique, on observe aujourd'hui que les grandes villes, les grandes capitales, relèguent aux villes de périphérie une demande qu’elles n’arrivent pas à absorber, dans le domaine de la santé comme dans d’autres domaines.

En conséquence,  des villes et municipalités de plus en plus nombreuses sont obligées d’appliquer plus que ce que la loi détermine constitutionnellement pour les services de santé. En outre, dans un pays où l’assainissement et le traitement d’eau est encore quelque chose de très difficile et nos municipalités n’obtiennent même pas des financements pour l’assainissement, parler de santé devient un défi chaque jour plus grand. L’hôpital municipal, et les dix dispensaires maintenus par la mairie municipale représentent un investissement de plus de 24% du budget public. 93% des services de l’hôpital sont gratuits, ce qui signifie que seulement 7% des services hospitaliers sont réservés aux assurances de santé privées. Les hospitalisations sont de l’ordre de 678 chaque mois, pour presque 500 séances d’hémodialyse et 108 accouchements dans la même période.

Les villes de la périphérie de l’agglomération de Porto Alegre, à travers une initiative de travail en réseau, essaient d’inverser cette logique de la centralisation, des soins spécialisés dans le domaine de la santé, par la création de Réseaux d’Accueil. L’une de nos dernières initiatives, en partant de la ville de Esteio, a été la création d’un consortium de santé avec cinq hôpitaux publics de la région. Nous avons donc eu cette initiative de nous regrouper dans un consortium, sous l’égide d’un instrument juridique qui nous assure la possibilité de mieux investir dans nos hôpitaux publics, mieux accueillir la population et résoudre la situation d’offre d’examens et de soins spécialisés à notre population, encore très précaire actuellement.

Giovanni ALLEGRETTI

Parmi les thèmes dont tu as parlé, je retiens surtout :

·      Celui de la subsidiarité asymétrique (les responsabilités ne correspondent pas au niveau de ressources et les municipalités manquent de pouvoir de décision)

·      La santé n’est pas uniquement l’affaire des hôpitaux mais relève des questions d’assainissement et d’éducation sur l’environnement, c’est pourquoi c’est au niveau local qu’il faudrait définir les priorités.

·      De nombreuses zones périphériques deviennent le centre d’autres zones périphériques. Un regroupement est donc nécessaire pour trouver des solutions au problème de la subsidiarité asymétrique.

·      J’ajouterai le problème de la privatisation des pharmacies (en Italie, par exemple), qui fonctionnent comme des commerces au lieu de jouer un rôle de formation en matière de santé.

William PAEZ

Il est satisfaisant de pouvoir échanger des expériences et des idées, au-delà de mon territoire géographique, sur un thème commun, celui de la santé, derrière lequel s’en cache un autre, également courant : celui de l’égoïsme et du capitalisme.

Lorsque nous avons pris la responsabilité de gérer la ville de Guarenas, la santé se trouvait en soins intensifs. Encore aujourd’hui, elle reste sous surveillance médicale.

La municipalité d’Ambrosio Plaza, qui coïncide avec l’agglomération de Guarenas, dans l’État de Miranda, se situe à 21 km au nord-est de Caracas, au Venezuela. Du point de vue politique, c’est dans notre ville qu’a débuté, en 1989, le processus de transformation révolutionnaire que connaît aujourd’hui le pays. Nous, les Guareneros, de même que les autres Vénézuéliens, avons vécu pendant quarante ans un processus d’appauvrissement d’une majeure partie de la population, face à l’enrichissement grossier des élites apparues avec l’instauration de la démocratie en 1958, après le renversement de la dictature du général Marcos Pérez Jiménez. En 89, en réaction à une augmentation des tarifs de l’essence, appliquée de façon brutale et sans consultation dans le cadre d’un programme de rétablissement économique imposé par le Fonds monétaire international (FMI), qui exigeait un surcroît de sacrifices de la part du peuple, les citoyens sont descendus dans la rue pour protester contre le pouvoir démocratique de l’époque. À la longue, ces manifestations conduisirent à la sortie pacifique mais anticipée du président Carlos Andrés Pérez. Elles entraînèrent aussi une prise de conscience, par de nombreux Vénézuéliens, de la nécessité de la participation pour parvenir à des changements. Les Guareneros et les Vénézuéliens, de façon générale, ont aujourd’hui assimilé cette idée, et s’investissent davantage dans le traitement de leurs problèmes. La santé en fait partie.

Guarenas compte un peu plus de 250 000 habitants. En vertu de la constitution, le principal réseau de santé relève de la municipalité. En l’an 2000 – où nous avons gagné pour la première fois les élections municipales – il prenait en charge à peine 12 % de la population, à des horaires peu pratiques, pour une qualité de soin précaire et insuffisante, et dans un état d’esprit mercantile de la part des médecins.

Nous avons par conséquent commencé par appliquer les dispositions constitutionnelles. Pour nous, la santé soit s’inscrire dans le concept de démocratie à participation active des citoyens, synonyme d’inclusion sociale. Nous avons mis en place une organisation complète, dans dix domaines stratégiques, avec des compétences coordonnées et planifiées en collaboration avec les administrations nationale, régionale et locale. Nous y avons ajouté un élément de structure sociale : les Comités de santé. Il s’agit de structures citoyennes communautaires, organisées par les habitants de chaque quartier ou cité. Celles-ci nous aident à décentraliser et à déconcentrer les politiques de santé.

Hier, le président Chávez a réuni un conseil ministériel, au cours duquel il a été débattu de l’incorporation des Conseils communaux parmi les autres organes du pouvoir. Ces structures sociales, plus proches du peuple que les municipalités, recevront des ressources directement de la présidence, en coordination avec le gouverneur et avec le maire. Ces ressources devront être affectées à la résolution des problèmes spécifiques des communautés et recevoir l’approbation de ces dernières. Cet exemple nous permettra de renforcer la participation citoyenne, comme c’est le cas avec les Comités de santé. Au sein de ces comités, il est débattu du budget municipal consacré à la santé et aux services de gestion concernés. Y participent les médecins, la communauté, la municipalité, ainsi que des représentants des administrations régionales et nationales. On y pratique une politique d’inclusion, dans le respect des positions idéologiques et de l’appartenance politique de chaque maire. La santé ne doit pas se soumettre à des objectifs partisans, mais elle doit se politiser, selon une seule orientation stratégique.

Comment réaliser l’inclusion sociale dans le domaine de la santé ? Par la participation active des citoyens, mais aussi par l’éducation. Le thème de la santé n’est pas seulement économique. C’est aussi une question de conscience, de connaissance.

Cet objectif d’inclusion sociale se manifeste dans les débats qui réunissent une fois par an le président, les gouverneurs et les maires du pays, sur des thèmes très concrets. Ces débats reposent sur un principe que gouvernements et institutions oublient parfois, bien qu’il soit fondamental : l’inclusion sociale se réalise avec des êtres humains.

Il a aussi été créé un organe juridique, dans le cadre constitutionnel : les Assemblées citoyennes, de plus ample portée que les Conseils municipaux ouverts, car elles instaurent un lien et favorisent une co-responsabilité entre la population et le gouvernement. Ces mesures nous ont permis de lutter fortement contre l’égoïsme, l’indifférence, l’individualisme, et d’avancer plus profondément dans ce qui se vit en Amérique du Sud, en édifiant un nouveau paradigme d’inclusion sociale. C’est une nouveauté mais elle s’élaborait depuis longtemps (théologie de la libération) dans les domaines politique, économique, social, et de façon fondamentale, par la participation de la population aux décisions ainsi qu’à la gestion et au contrôle des effets de ces décisions.

Face à ce besoin d’innover et de trouver un mécanisme nous permettant de « retrouver la santé » de façon progressive, de manière à répondre aux attentes du citoyen, le maire de Caracas a conçu une stratégie, dite « Barrio Adentro » (Au cœur du quartier). Celle-ci consiste à placer des médecins vénézuéliens, même si nous n’en avions que très peu, au sein des communautés disposant d’un accès limité aux centres de soins. Cette idée, après avoir germé dans les communes périphériques, est venue à la connaissance du président, qui l’a appuyée et renforcée par un Plan national baptisé « mission Barrio Adentro ». Ce plan a marqué un tournant radical dans l’approche de la question de la santé au Venezuela.

À Guarenas, nous prenons très au sérieux la mission Barrio Adentro, à laquelle nous tenons à apporter le meilleur de nous-mêmes. La mairie de Plaza coordonne les objectifs municipaux avec les objectifs poursuivis aux niveaux national et régional. Elle ajoute un nouvel élément au plan : l’éducation. Elle vise par là à apprendre à la population à juger de sa gestion à l’aide d’indicateurs, ce qu’elle a réalisé concrètement dans le cadre de Conseils communaux intégrés aux différentes structures sociales.

Mettre la mission Barrio Adentro en application impliquait de localiser des centaines de médecins, dans les différentes régions du pays. Le Venezuela ne dispose pas d’assez de praticiens pour sa population entière, et encore moins selon les modalités prévues par la mission. Pour y remédier, le gouvernement a noué une alliance stratégique avec Cuba. Aux termes de cet accord, l’État caribéen nous procurerait, dans le cadre d’un plan de fourniture énergétique, une assistance médicale de haut niveau, dans des domaines déterminés. Des médecins cubains viendraient appuyer la mission Barrio Adentro. Le projet prévoit que le médecin habite dans le secteur concerné, se déplace au domicile du patient et lui assure les soins ou mesures de prévention requis.

Le succès de Barrio Adentro a mené à la conception, conjointement avec la présidence de la République et en collaboration avec le gouvernement cubain, d’un autre projet, la « mission Milagro » (Miracle). Celui-ci concerne des interventions ophtalmologiques, au bénéfice des populations les plus vulnérables, qui, en situation « normale », seraient privées d’accès à ces soins de première nécessité. Ce projet s’est étendu maintenant à d’autres pays latino-américains, comme la Bolivie, l’Équateur et le Nicaragua.

Je tiens aussi à évoquer les Villages universitaires (Aldeas Universitarias), projet consistant en une municipalisation de l’université. Par ce moyen, nous avons réussi à intégrer davantage de jeunes aux structures d’enseignement. Auparavant, en raison du nombre limité de facultés, de nombreux étudiants devaient se déplacer ailleurs que dans leur région d’origine. Pour beaucoup, c’était impossible, par manque de ressources. En apportant l’université dans les communautés locales, nous avons changé la situation de manière spectaculaire. Nous avons désormais davantage d’étudiants dans les classes. Nous constaterons l’impact de cette action dans une dizaine d’années.

Dans ces villages universitaires, nous formons, entre autres professionnels, les médecins vénézuéliens dont ont besoin nos communautés.

Giovanni ALLEGRETTI

Je souhaite signaler trois thèmes fondamentaux :

·      La nécessité de se rapprocher des gens. Quand les problèmes ne parviennent pas à l’institution, celle-ci doit aller les chercher, même si elle craint d’en rencontrer de nouveaux, car les trouver implique de les résoudre.

·      Le mercantilisme. En Toscane a été votée une loi imposant des sanctions économiques aux établissements publics de santé qui n’assurent pas aux usagers une consultation auprès d’un spécialiste dans les 15 jours. Elle prévoit aussi des sanctions à l’encontre des citoyens qui ne se présentent pas au rendez-vous, bloquant ainsi du temps qui pourrait être consacré à d’autres.

·      Cette réglementation me paraît aussi intéressante car elle reprend le thème du contrat social, de la responsabilité partagée et de la confiance réciproque.

Laurent EL GHOZI

La problématique de la santé et de l’accès aux soins en France

J’observe, des deux expériences sud-américaines, que la situation en France est très différente en dépit de quelques points communs. D’abord, la santé est une priorité pour tout le monde. Ensuite, les moyens sont insuffisants pour répondre aux besoins et attentes de la population. Par ailleurs, on observe partout un transfert progressif des responsabilités, des obligations, des Etats vers les collectivités locales et en particulier les villes. Enfin, la santé présente une dimension multifactorielle, de l’assainissement à l’éducation, aux soins, à la prévention, etc, qu’il convient de prendre en compte.

Le système de santé en France

En France, le système de santé repose sur, au moins, trois acteurs :

·      Le gouvernement

Le budget consacré à la santé s’élève à 6 milliards d’euros. Le gouvernement est responsable de la politique générale, de la gestion et de la répartition des hôpitaux, par le biais des Agences régionales d’hospitalisation.

·      La Sécurité sociale

Elle perçoit les cotisations sociales et rembourse des soins.

·      Les professionnels libéraux

Ils dispensent des soins selon un certain nombre de caractéristiques : libre installation, paiement à l’acte, convention entre les médecins et la Sécurité sociale.

Ce système est donc marqué par un éparpillement des responsabilités et l’absence de pilotage. Les besoins en santé sont particulièrement élevés en périphérie, du fait du niveau de vie des populations. Pourtant, l’offre de soins, qu’il s’agisse des hôpitaux et des médecins libéraux, est concentrée dans les centres-villes. Cette situation est génératrice d’inégalités majeures et croissantes.

La position des villes françaises

Les villes françaises n’ont, légalement, aucune compétence en santé. Néanmoins, les élus municipaux sont responsables du bien-être de leur population. De surcroît, ils sont en permanence sollicités par les habitants, d’autant qu’ils sont informés de la réalité des besoins et des difficultés de la population.

Le dispositif mis en place à Nanterre

Nanterre, qui présente l’indice de jeunesse le plus élevé du département et un taux de chômage élevé, est particulièrement concernée par cette problématique et y consacre environ 5 % du budget municipal. Ses actions sont tournées vers la prévention et le développement de l’offre de soins. Cette démarche s’inscrit dans la « politique de la ville », politique contractuelle entre la ville et l’Etat en vue de réduire les inégalités.

Dans le champ de la prévention et de la santé publique, Nanterre entend partir d’un diagnostic, pour mesurer la réalité des besoins et des ressources sur la base d’indicateurs sanitaires et sociaux, avec les habitants et les professionnels. Ce travail donne lieu à la fixation de priorités et au lancement d’actions. Les diagnostics santé sont établis à l’échelon d’un quartier, sachant que Nanterre compte neuf quartiers d’environ 10 000 habitants chacun. Toutefois, dépister, informer, former, éduquer ne suffit pas. Une fois le dépistage effectué, il convient de recenser les obstacles à l’accès effectif aux soins, qu’il s’agisse de l’offre, de sa répartition, du conventionnement. Notre service social scolaire peut être mobilisé pour accompagner enfants et familles.

Enfin, l’Observatoire local de la santé joue un rôle essentiel en matière de recueil des données, d’évaluation des actions, de pilotage de ces dernières et de communication sur l’ensemble de ces points tant en direction des professionnels, des services municipaux que de la population. Il s’agit de montrer à ces derniers que les actions menées ont un sens.

Giovanni ALLEGRETTI

·      La dernière intervention pourrait tenir lieu de conclusion, avec la présentation de lignes de développement permettant d’agir de manière concrète.

·      Certains thèmes ont été repris, comme celui de la santé mentale, ou la possibilité d’atteindre le citoyen par l’intermédiaire de fêtes.

·      Un autre aspect intéressant réside dans le fait que la première et la dernière interventions évoquent l’utilisation de systèmes d’information géographiques. Cela montre très clairement que pour définir des politiques intégrées, il faut visualiser les problèmes sur le territoire. Ce point doit être approfondi lors de nos débats de concertation, afin d’aboutir à un système permettant d’identifier réellement les problèmes à l’aide de tableaux de données spatiales.

·      En Italie, certaines municipalités établissent un bilan social. C’est un moyen de rendre compte des mesures prises par leur administration, sous une forme descriptive, quantitative, et, dans certaines villes, sectorisée. Il est ainsi possible de connaître les différents secteurs d’intervention. Cela permet de travailler de façon globale sur un système de santé qui est souvent un reflet de la précarité.

·      En Italie, nous avons un système de santé universaliste, centré sur les prestations médicales.

Depuis le premier gouvernement de centre-gauche, il a été établi un programme axé sur le droit au contrôle de sa santé par l’individu, dans une perspective de développement complet de la personne.

Avec l’arrivée de la droite, l’intention est de passer d’un système de santé universaliste à des systèmes de mutualisme substitutifs privés. Selon cette réforme, la santé est totalement transférée aux régions. Celles qui produisent le plus sont celles qui ont les revenus les plus élevés. Cela met donc fin à la solidarité avec les régions pauvres, et établit un système de disparité entre le Nord et le Sud du pays, avec un nouveau centre et une nouvelle périphérie. Il incombera aux régions de décider de leur niveau de prestations publiques. Cela supposera un désavantage évident dans les secteurs les plus faibles et cela renforcera certains processus nés d’un cadre de plus en plus néo-libéral (privatisation de la santé et arrivée de multinationales). Nous devons affronter ce problème car, de l’extérieur, il a pour effet d’annuler certaines possibilités d’action dont nous disposions au niveau des communes, et il perpétue la précarité des personnels de santé par le biais de la sous-traitance.

Un participant dans l’assemblée

Je suis anthropologue et urbaniste. J’ai beaucoup travaillé en Amérique latine. Mon intervention s’adresse au maire de Guarenas car je trouve très intéressante l’expérience Barrio Adentro réalisée dans son pays.

·      La coopération avec Cuba a longuement été évoquée. Je pense que vous avez accompli beaucoup d’autres réalisations dans d’autres domaines, en coopération avec d’autres pays d’Amérique latine.

·      À la suite de Katrina, nous avons constaté que les Vénézuéliens eux-mêmes vendaient l’essence moins cher dans les quartiers déshérités d’Amérique du Nord, considérant que les pauvres d’Amérique du Nord ne devaient pas avoir à choisir entre la santé, la scolarisation et le chauffage. Cela a entraîné un mouvement de coopération entre l’Amérique du Nord et le Venezuela, avec l’exportation du modèle « Barrio Adentro » en Amérique du Nord.

·      L’unité des Amériques, rêvée par Bolivar, est peut-être possible ! En tout cas, je trouve très intéressante la façon dont vous en faites la conquête, à partir de la santé.

William PAEZ

Comme on peut en conclure, la mission Barrio Adentro englobe actuellement des facteurs qui dépassent le champ de la santé. Parmi ceux-ci figurent l’éducation, condition nécessaire pour garantir que les citoyens s’impliquent dans la gestion de leur propre santé.

L’an dernier, l’UNESCO a déclaré l’analphabétisme éradiqué du Venezuela.

Les missions Barrio Adentro et Milagro, ainsi que les autres missions éducatives comme « Robinson » et « Sucre », visent à un Venezuela beaucoup plus humain, plus social. Un Venezuela non pas envisagé dans la perspective d’un socialisme du passé, mais plutôt d’un nouveau paradigme de socialisme. Comment pouvons-nous aider, par nos forces, les autres pays à réduire leurs faiblesses, et réciproquement ? C’est la finalité de la mission Robinson, par exemple, qui s’étend maintenant aux autres pays d’Amérique latine, de même que la mission Milagro. Robinson était le surnom que Simón Bolívar donnait à son maître Simón Rodríguez, qui assura son éducation et fit de lui un libérateur de l’Amérique du Sud. Ensemble, ces missions constituent une politique de solidarité conforme à l’idéal de Bolívar.

Pour terminer, je souhaite souligner un point essentiel, la question des États-Unis, dont nous différons politiquement en ce qui concerne la fonction du gouvernement et ses priorités. Cependant, nous établissons actuellement avec des communautés états-uniennes défavorisées par leur modèle économique et particulièrement touchées par les catastrophes naturelles, des accords visant à leur procurer à bas prix, via notre compagnie pétrolière CITGO (située aux États-Unis), du combustible pour le chauffage. Les gouvernements peuvent définir et signer tous les accords qu’ils veulent, ces derniers ne se concrétisent qu’au niveau des administrations locales. C’est pourquoi il est nécessaire de renforcer ce type d’accords.

Giovanni ALLEGRETTI

Ce thème me semble très intéressant. L’évoquer revient à reprendre celui de la participation, que chacun peut aborder de manière différente. Dans le réseau d’administrations locales italiennes dont je fais partie, nous essayons de passer d’un système de concertation à un système de participation, grâce à des expériences menées au niveau local dans différentes villes.

Il me paraît important de débattre sur la santé, en même temps que sur l’assistance sociale et d’autres sujets. En effet, la majorité des citoyens qui n’a pas besoin d’assistance sociale la considère comme quelque chose de réservé aux exclus, une question qui doit se traiter via des structures spéciales. C’est pourquoi, regrouper des questions comme celles de la santé et de l’assistance sociale, compte tenu que la santé constitue un sujet de première importance dans l’opinion générale, peut s’avérer utile pour débattre de thèmes relatifs à ces deux questions.