Cette prise de parole s’est effectuée dans une convergence inédite entre élus, représentants du monde associatif et chercheurs. Elle interpelle avec force les métropoles et leur évolution et à travers celles-ci, le monde lui-même et son devenir.
Un long chemin a été parcouru depuis la création du réseau Villes de périphérie et démocratie participative en janvier 2003, qui est né au cœur des forums sociaux mondiaux et des forums des autorités locales pour l’inclusion sociale. C’est en effet lors de ces rendez-vous que les élus et les acteurs sociaux ont ressenti le besoin d’une telle initiative, en marge du Forum mondial social de Porto Alegre. Dès le début, des collectivités locales brésiliennes, espagnoles, françaises et portugaises se sont associées à ce réseau, lequel n’a eu de cesse depuis de s’ouvrir aux collectivités locales des autres pays. Il était nécessaire que les périphéries apportent leur contribution au développement de métropoles plus solidaires.
Les villes périphériques sont homogènes, dans la mesure où elles concentrent toutes une forte densité de la population et des problèmes économiques et sociaux. S’y manifeste aussi une violence à visages multiples : à Bamako, Milan ou Los-Angeles, on constate une violence de la malnutrition, des soins, de la pauvreté, de l’exploitation, du chômage, de l’insécurité et de la répression. En définitive, ces villes sont l’illustration de la violence de l’ultra-libéralisme.
La ville de Nanterre n’échappe pas à ces réalités : vous vous trouvez dans une ville de la région parisienne où la confrontation entre le développement sous pilotage libéral et les attentes des populations est particulièrement caractéristique. Le centre d’affaires de La Défense n’a pas été créé sur des terrains vagues : il a été implanté d’autorité, sans égard pour l’existant, et il a imprimé depuis sa création une transformation urbaine aggravant les phénomènes de ségrégations sociale et spatiale, à l’échelle de l’ensemble de l’Ile-de-France. Aujourd'hui, ce secteur est l’un des bassins d’emploi les plus importants en Europe, regroupant 300 000 emplois ; dans le même temps, plus de 6 000 résidents de Nanterre sont sans emploi et des milliers d’autres vivent dans la précarité. 35 000 logements ont été construits dans ce secteur : Nanterre a construit 40 % de logements sociaux, mais les communes voisines n’en ont construit aucun.
Ces inégalités sont à l’origine des évènements survenus dans les banlieues françaises en novembre dernier, qui ont fait la une de l’actualité internationale, et qui renforcent la pertinence des rencontres d’aujourd'hui. La page de novembre dernier ne doit pas être tournée. A l’instar des élus de Seine-Saint-Denis qui se sont associés pour demander au Président de la République pour exiger les moyens du développement de leur département, nous souhaitons que chacun, avec ses responsabilités, prenne la pleine mesure de ces territoires et de leur population et soit convaincu de la nécessité urgente de faire prévaloir d’autres choix pour leur assurer un avenir.
Nous souhaitons qu’un autre regard soit porté sur les banlieues et les périphéries, car elles ne se résument pas à leur difficultés : leurs apports aux métropoles et à leur société sont considérables. Les périphéries sont aussi des lieux de dynamisme et de créativité.
Nous sommes très nombreux à chercher à construire au quotidien des politiques d’inclusion sociale et à multiplier les expériences de renouvellement de la politique et de la démocratie, parmi lesquelles :
· un budget participatif a été institué à Guarulhos (Brésil) ;
· le rapprochement des communautés à Badalone ;
· des processus de planification démocratique à Via Del Salvador ;
· la démarche des Assises pour la ville qui a été menée à Bobigny ;
Toute cette énergie a été le moteur de la préparation du premier Forum Local des Autorités de Périphérie. Cette mobilisation tend à rendre notre réseau significatif. Celui-ci favorise les échanges et la confrontation. Il se veut être au service de tous, en faisant grandir l’exigence de métropoles plus solidaires et plus durables. La part de la population urbaine est devenue majoritaire, ce qui crée des défis immenses : quelle inclusion sociale ? Quelle croissance harmonieuse ? Comment faire prévaloir dans nos villes la logique du développement durable ? Comment renouveler la démocratie ? Tel est le cœur des motivations du rassemblement d’aujourd'hui. Une centaine de collectivités locales de 20 pays participeront à ces débats, qui s’articuleront autour de 4 conférences et de 9 ateliers. Des temps forts permettront de croiser nos échanges, comme la marche pédestre nocturne qui aura lieu entre Paris et Nanterre, ainsi que les « chapiteaux du monde » qui favoriseront les échanges des participants du FALP et des habitants de la région parisienne.